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Une étape clé du développement en primaire : L’être sociable

A cet âge, des changements majeurs s’opèrent. Il ne s’agit pas simplement de « grandir ». C’est une métamorphose physique, affective, psychique et sociale.
Un nouvel enfant émerge, riche de nouveaux besoins : découvrir le monde, vivre parmi ses pairs.
Le développement de l’enfant relève moins, désormais, de l’émergence de nouvelles compétences que de l’intégration complexe des différentes habiletés : motrices, cognitives, affectives et sociales. Entre 6 et 12 ans, c’est le temps de la nécessaire transversalité du savoir, celle qui donne du sens et non un titre aux choses de la vie.
Grégaires ou sociables
L’enfant du primaire a grandi physiquement autant que psychiquement. Plus autonome, il commence à penser par lui-même. Sa famille proche, ses parents sont moins importants qu’ils ne l’étaient, ne serait-ce que l’année précédente.
Dès 6 ans, l’enfant cherche à s’émanciper du cocon familial et il utilise pour se faire un autre groupe de référence, ses pairs, les enfants du même âge et du même sexe que lui. A travers ces nouveaux modèles, et le partage constant du travail, de la parole, des actions programmés, le 6-12 ans est vraiment le temps de la socialisation et du développement de l’être social.
Où qu’ils aillent, quoi qu’ils fassent, ils vivent en groupe, se déplacent en binômes, trinômes ou en petits groupes de 4-5 enfants. Ils ne peuvent ni ne veulent rien faire seuls. Le moteur de leur activité est la relation sociale. Ils sont donc grégaires, mais sont-ils sociables pour autant ? Tout comme chaque enfant fut, à la naissance, un « embryon spirituel », il est désormais, avec les mots de Maria Montessori, un « nouveau-né social ». En lui, son être social, sa personnalité, la qualité de ses relations, ses rôles, tout est potentialité. Comment permettre à ces caractères d’émerger et de s’épanouir dans le respect des principes de notre humanité? C’est l’enjeu en primaire : pour que de grégaires, ils deviennent citoyens responsables, membres actifs et sociables d’une communauté humaine.
La règle
Combien de fois des enfants, de 6 à 12 ans, passent-ils tout leur temps à énoncer les règles d’un jeu auquel, en définitive, ils ne joueront pas ou si peu ? Ce qui les passionne, c’est l’invention de la règle et la négociation qui l’accompagne. Ils découvrent en le vivant, ce processus fondamental qui gouverne toute vie sociale et définit le fonctionnement d’une communauté : » vivre ensemble »
Ils expérimentent le groupe, sa légitimité, sa versatilité, mais également les multiples rôles si changeants que nous endossons tout au long d’une journée, tantôt leader, tantôt suiveur, tantôt neutre.
C’est la raison pour laquelle travailler la règle, que ce soit en sciences ou en orthographe ou dans la cour de récréation, ne peut se faire qu’en leur permettant de la trouver, de l’énoncer, de la faire leur.
La règle est un enjeu pour eux L’étudier, c’est s’interroger sur la résistance civique lorsque la transgression devient éthiquement nécessaire. Ces questions ne sont ni simples ni banales, les adultes passent une vie à y répondre. C’est cela que les enfants travaillent quand ils découvrent les exceptions à une règle. Les engager les passionne car ils sentent bien que se joue là quelque chose de l’ordre de l’esprit critique et d’un positionnement personnel.
La vie en groupe est exigeante et l’enfant en fait l’expérience. Il découvre que ses droits, dont il est l’ardent défenseur, s’accompagnent de devoirs. Qu’il y a des règles à respecter pour que sa propre liberté s’épanouisse et que l’harmonie du groupe se développe. Enfin que chacun est responsable de tous. L’adulte- parent et enseignant- doit aider l’enfant sur ce chemin de compréhension et de construction. Les limites sont là, dans la qualité de la relation à l’autre et dans le respect de soi-même, l’engagement moral et éthique.
Ethique, morale, justice, le temps des valeurs humaines
Ce que font les enfants entre 6 et 12 ans est moins spectaculaire que l’acquisition de la marche, l’explosion de la parole, de l’écriture ou de la lecture. C’est plus subtil mais tout aussi important. Il édifie son sens moral, la notion de justice, les grands principes, l’éthique et les rend vivant par une réflexion sur ce qu’est le bien et le mal, ce qui est juste et ce qui ne l’est pas, pour lui-même et pour tous !
L’enfant est à la recherche des valeurs morales de son groupe et de celles qu’il fera sienne. Avant d’en être porteur, d’en incarner l’expression sociale, chaque enfant éprouve le besoin de savoir et de vérifier ce qui, dans les paroles qu’il entend, les actions qu’il voit, les positions qu’il tient, est bien ou pas ; vrai ou pas ; juste ou pas.
L’enfant qui vient relater ce dont il est témoin et dans lequel un camarade est impliqué n’est pas un rapporteur. Il vient auprès de l’adulte confirmer si son analyse de la situation en termes de justice et de morale est correcte.
En prenant en référence l’analyse d’une situation dans laquelle il n’est pas impliqué à titre personnel, il apprend à situer ce qu’il pense être légitime de faire ou pas. Il travaille théoriquement son comportement et son positionnement éthique en modélisant les réactions de ses camarades.

L’enjeu en primaire n’est pas de se conformer à la règle, mais de s’y confronter ! Pour que l’enfant puisse passer du « j’ai le droit » à « j’ai aussi le devoir de », l’adulte – parent et enseignant - est là, pour parler, dire l’Histoire, lire des biographies de héros et d’héroïnes, aider à réfléchir et surtout solliciter la pensée, celle qui fait prendre conscience de ses responsabilités , du bien-fondé des interdits et de la valeur du bien public.

Source : Cahier d’activités Montessori pour les nuls 6-12 ans, Patricia Spinelli, Geneviève Carbone, Marilyne Maugin, FIRST Editions, novembre 2017